Un élève sur deux arrive à l’auto-école moto avec la même question, posée avant même d’avoir enfilé le casque : « avec le permis A2, je peux rouler quoi, et pendant combien de temps je serai bridé ? » Après quinze ans à répondre, je préfère donner les chiffres exacts plutôt que la version qui circule entre motards, souvent approximative sur un point ou un autre.
Le permis A2 ouvre l’accès aux motos dont la puissance ne dépasse pas 35 kW, soit environ 47 chevaux, avec un rapport poids/puissance qui ne dépasse pas 0,2 kW par kilogramme. Une moto plus puissante à l’origine peut être bridée électroniquement ou mécaniquement pour respecter ce seuil, à condition que le bridage soit réversible et homologué par le constructeur — un point que beaucoup de vendeurs d’occasion négligent d’expliquer.
Deux ans avant le permis A
Le A2 s’obtient dès 18 ans et doit être conservé deux ans avant de pouvoir accéder au permis A, celui qui lève toute limite de puissance. Ces deux années ne sont pas une formalité administrative : elles sont pensées comme une période d’accumulation d’expérience, sur une machine qui reste maniable même en cas d’erreur d’appréciation dans un rond-point ou une glissière d’autoroute.
Passé ce délai, le passage au A n’exige pas de repasser un examen complet : une formation de 7 heures chez un professionnel suffit, à condition d’avoir obtenu le A2 depuis au moins deux ans. C’est un format court, concentré sur le freinage d’urgence, l’évitement et la conduite sur moto non bridée, que je fais repasser à mes anciens élèves avec un plaisir presque égoïste : c’est le moment où on les voit vraiment prendre confiance.
Ce que le bridage change concrètement
Une moto bridée à 35 kW n’est pas une moto ralentie en continu : le bridage agit surtout sur les hauts régimes et la cartographie d’injection, ce qui laisse une accélération correcte en usage normal, sur route ou en ville. C’est en reprise soutenue, dépassement inclus, que la différence avec la version débridée se fait sentir.
Le permis A direct reste accessible à 20 ans après deux ans de A2, ou sans étape intermédiaire à partir de 24 ans en formation complète. Ce dernier cas concerne surtout les conducteurs venus tard à la moto, sans passer par le A2 ; la formation y est alors plus longue et l’examen plus complet.
Un point que la réglementation précise clairement
Le permis A2 permet de conduire des motocyclettes d’une puissance maximale de 35 kW, avec un rapport puissance/poids ne dépassant pas 0,2 kW/kg, et des motocyclettes dérivées d’un modèle plus puissant bridé à 35 kW. — service-public.fr
Ce cadre, fixé au niveau européen et repris par la réglementation française, ne laisse pas de marge d’interprétation au vendeur ou au garagiste : soit le débridage est homologué et déclaré, soit la moto roule hors des clous, avec un risque réel en cas de contrôle ou de sinistre — une assurance peut refuser d’indemniser un accident survenu sur une moto débridée sans déclaration.
Le vrai piège : le débridage sauvage
Le point que je répète le plus en fin de formation, c’est le débridage non déclaré, pratiqué par certains ateliers en marge du circuit officiel. Une moto débridée sans passer par le constructeur ou un réseau agréé perd son homologation, ce qui expose à une contravention pour conduite avec un permis inadapté — la puissance réelle dépassant alors ce qu’autorise le A2 — et complique sérieusement toute déclaration de sinistre.
Mon conseil reste toujours le même : accepter les deux ans de bridage comme une vraie période d’apprentissage plutôt que comme une contrainte à contourner. La majorité des motards que j’ai formés et qui ont respecté ce délai attaquent le passage au A avec des réflexes déjà solides, ce qui ne se remplace par aucun bridage retiré en douce.
Pour l’entretien courant de la machine pendant ces deux années, notre rubrique Garage & Entretien détaille les gestes de base à connaître avant de confier sa moto à un atelier. Et côté budget, la question de l’assurance mérite d’être posée dès l’achat : un jeune conducteur A2 paie souvent une prime plus élevée que celle affichée sur le devis générique.




